L'origine de l'hermine
Les blasons étaient à l'origine des écus: des boucliers qui permettaient de protéger le guerrier. C'est à l'époque des Croisades que l'on s'est mis à les peindre ou bien à les recouvrir de fourrures (voir cheval en haut à gauche). Les animaux dont on se servait pour orner ces écus étaient principalement l'hermine et l'écureuil.
L'hermine est un animal proche de la belette. Les romains classaient toutes ces charmantes petites bêtes, comme la marmotte, dans la catégorie des rats! Cet animal portait alors le nom latin de mus armenia: le rat (ou la souris) d'Arménie. L'origine de l'hermine est donc arménienne. En ancien français, ermin désignait aussi bien l'arménien que l'hermine.
Le pelage de l'hermine est brun-roux l'été et devient blanc l'hiver (voir image en bas à droite): seul le bout de la queue reste noir. On cousait les peaux côte à côte et on plaçait au milieu de chacune la queue fixée par trois barrettes disposées en croix.
Puis on s'est mis à représenter les décorations des écus: l'hermine ne désignait plus seulement la fourrure mais aussi cette représentation formée du bout de la queue (appelée plus précisément la moucheture d'hermine) et des trois barettes (voir moucheture de l'hermine en haut, 3ème en partant de la gauche) .
L'hermine ainsi stylisée devient alors un emblème que l'on retrouve dans les armes de plusieurs familles de la noblesse féodale.
Dans le régime féodal, l'aîné héritait du blason paternel. Mais les autres enfants devaient briser les armes: ils ajoutaient une brisure (un signe distinctif). Ainsi, les Dreux avaient pour blason un échiqueté avec une bordure. Pierre Mauclerc, le cadet, a brisé le blason avec l'hermine. Il devait commencer à porter ces armoiries vers 1209.
Et c'est à son cousin, Pierre Mauclerc de Dreux, que le roi de France donne le trône ducal de Bretagne. Il emporte alors avec lui son blason. L'emblème de la Bretagne est donc d'origine drésoise!
En 1316, le duc de Bretagne, Jean III, change d'armoirie: il retire l'échiqueté et la bordure: la brisure d'hermine devient les pleines armes du duc de Bretagne (voir image en bas le long à gauche).
L'hermine est au duc de Bretagne ce que la fleur de lis est au roi de France. En breton, on écrit: an erminig (la petite hermine: la terminaison -ig est un diminutif, de ermin). Au moyen-âge, le lis et l'hermine sont des symboles de pureté: le lis parce qu'il est associé à la Vierge, et l'hermine pour la blancheur de sa fourrure.
L'origine de la devise bretonne provient aussi de l'hermine (voir au bas de la page n°2) :
kentoc'h mervel eget bezañ saotret
potius mori quam foedari
plutôt la mort que la souillure